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Saxifrage – Numéro 6

Photographie de Jikabo

Éditorial

Saxifrage est né, entre autres, de la volonté de raconter notre territoire et son fonctionnement après le grand n’importe quoi du dossier Sivens. Une récente décision de justice met une nouvelle fois en évidence l’absurdité du processus de décision des élus locaux, et de ce fait la raison d’être du journal.

Le 1er juillet dernier, le tribunal administratif de Toulouse a annulé l’arrêté de déclaration d’utilité publique du barrage de Sivens, pris par la préfète du Tarn le 3 octobre 2013 malgré les avis défavorables du Conseil national de la protection de la nature. Le tribunal a ainsi invalidé les mesures compensatoires à la destruction de la zone humide du Testet, jugées trop hypothétiques (sic), et a considéré le projet surdimensionné et trop coûteux (8 millions d’euros) par rapport au nombre de bénéficiaires, évalué à un maximum de 40 personnes. Le barrage est illégal. Les opposants au barrage avaient donc raison. Pour une fois, la légitimité rejoint la légalité. Cette victoire juridique est bienvenue, mais elle garde un goût amer. Loin des estrades et des robes noires, les conséquences de l’entêtement des donneurs d’ordres sont terribles : la mort de Rémi Fraisse, un territoire fracturé pour longtemps, et l’émergence de milices privées, exemple d’une paramilitarisation qui n’augure rien de bon.

Les responsabilités sont lourdes et partagées à tous les niveaux politiques. Thierry Carcenac en premier lieu. Initiateur du projet, jusqu’au-boutiste, il a toujours refusé le dialogue, préférant se cacher derrière les décisions judiciaires favorables à son entreprise tout en réclamant les CRS pour évacuer les opposants. Sa déclaration pathétique, sous un teint verdâtre, le soir de la mort de Rémi Fraisse n’autorise que le mépris. La préfecture, qui qualifia le projet d’exemplaire (sic), signa la déclaration d’utilité publique et donna les arrêtés nécessaires au défrichement. Le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur, qui ont imposé, par la force des gardes mobiles et d’une police locale à cran, la poursuite des travaux au nom du maintien de l’État de droit et de la démocratie. N’oublions pas Jacques Valax, député de la deuxième circonscription du Tarn, qui paradait en tête du cortège des pro-barrage, à Albi le 13 novembre 2014, en compagnie de son collègue Philippe Folliot et du sénateur Bonnecarrère, avec comme mot d’ordre le « respect des décisions des élus ». La Dépêche du Midi, « le journal de la démocratie », propriété de Jean-Michel Baylet, à l’époque président du conseil général du Tarn-et-Garonne, co-financeur du barrage : cette méprisable feuille de chou a systématiquement soutenu l’action du département et de la préfecture et, dans son style inimitable, clabaudé contre les opposants, oubliant de fait le sens même du mot débat. Les responsables locaux également, comme Maryline Lherm, mairesse de la commune où se situe la zone du Testet (Lisle-sur-Tarn), demandant toujours plus de fermeté. Seuls 180 élus (sur plus de 2 500 dans le Tarn), se sont désolidarisés de leurs collègues. C’est bien peu. Sans oublier, enfin, la FNSEA et la Coordination rurale, chiens de garde d’une logique mortifère.

Cette logique impitoyable ne souffre aucun débat. Cette logique n’a comme seules réponses aux problèmes qu’elle soulève que la force de la police et l’autorité de l’administration. Une logique qui a conduit à la destruction. Au nom de l’ordre, des institutions républicaines et de la démocratie.


Au sommaire

Articles consultables en ligne

Articles consultables en version papier

Nelly Carayon, Leçon de choses (p. 1)

Jikabo, Le fisc contre Télérama Papers (p. 2)

Icare Seunac, Carcenac : l’étai de Vaour ? (p. 2)

Coquelicot, La prise du logement (pp. 6-7)

Ljukas Zokni, Sans foi ni loi (p. 7)

Jikabo, Le burkini vs la raie publique (p. 8)

JG, La mobilité à géométrie variable (p. 8)

Jikabo, Racolage moyenâgeux sur la voie publique (p. 9)

Robert & Raymonde, Ça intérim à rien (p. 9)

Aurore Lerat & Jean-Philippe Cambie, Ils parlent mâle (p. 10)

Jikabo, Rubrique nécrologique (p. 10)

Gianluigi Wrzyszcz, Vendanges (p. 10)

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Le comité de rédaction est composé de : Aurore Lerat, Boris Vézinet, Charlotte Lambert, Jean-Philippe Cambie, Jean-Pierre Cuq, Jikabo, Stromboli, Valéry, Vincent Laborde.

Ont également participé à ce numéro : Petit A., Christophe Sénégas, Coquelicot, Eric Habourdin, Gianluigi Wrzyszcz, Icare Seunac, JG, Ljukas Zokni, Maestra Judia, Michel Caïetti, movais esprit, Nadège Bories, Nelly Carayon, Paul Dubois, Pierre Druilhe, RAF, Raymonde, Robert, Sylvain Trabut, Thomas Santini, Vinyle Raboté, Zaza81.

Directeur de la publication : Charlotte Lambert

Tiré à 1100 exemplaires sur les presses de l’imprimerie Portier, à Albi.

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