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Accusé, levez-vous !

Dessin de Druilhe
Dessin de Druilhe

Lorsqu’on entre dans un tribunal, surtout en tant qu’accusé, il y a comme un pincement au cœur, même si on relativise. Moi qui n’ai jamais tué personne, du moins pas encore, ni violé ni agressé qui que ce soit, qui me reproche encore une taloche donnée à ma fille il y a quarante ans, alors qu’elle l’a oubliée depuis longtemps, que fais-je là ?

J’ai eu la mauvaise idée, il y a quatre ans, d’accepter de participer à un journal indépendant, une feuille de chou qui ne se tracasse pas des conflits d’intérêt fréquents dans nos contrées, qui fait son trou lentement, comme son nom l’indique, qui questionne ses lecteurs à travers des textes factuels, poétiques, impertinents, décalés, disjonctés, sérieux, caustiques, philosophiques, mathématiques, politiques, mais toujours honnêtes.

Dans l’équipe de Saxifrage, la hiérarchie n’est pas notre problème central. Elle se manifeste parfois, toujours sur des problèmes de savoir-faire. Par exemple, lorsqu’il s’agit de maquette, la voix des maquettistes porte plus que la mienne. De même, lorsqu’il s’agit d’informatique, les personnes compétentes ont un avis prépondérant. Pour les problèmes de forme, d’expression, de syntaxe ou d’orthographe, les plus experts d’entre nous s’expriment plus que les autres. Mais lorsqu’il s’agit du fond, de ce que nous voulons dire, nous somme tous égaux, nous réfléchissons ensemble, même si les débats peuvent être vifs.

Pour ce qui concerne l’intendance, nous sommes un peu pathétiques. Pas d’expert comptable, de juriste ni de commercial parmi nous. Du coup, la comptabilité est tenue par la plus volontaire d’entre nous (merci Aurore), les questions administratives par Boris qui a une expérience professionnelle dans ce genre de truc, ou par Valéry qui est le plus jeune et le plus allant. La vente du journal est assurée par tout le monde, au gré des connaissances, des rencontres ou des déplacements.

Lorsque la question du directeur de publication est apparue, elle fut de celles réglées en trois minutes, alors qu’une virgule mal placée peut nous occuper un bon quart d’heure. Des jeunes gens qui travaillent, et dépendent donc d’un employeur plus ou moins puissant, plus ou moins soupçonneux, plus ou moins réac’ et au milieu, moi, avec mes cheveux blancs, peut-être le plus sage comme dirait Macron, ou en tout cas, étant retraité (j’écris ce texte d’Espagne où retraité se dit jubilado, terme beaucoup plus jouissif), le moins susceptible d’être emmerdé par un patron, un partenaire ou un client.

Et me voilà donc devant la juge, à cause de cette fonction saugrenue, déclinant mon identité, comme un vulgaire délinquant, à cause d’un baron local, aussi puissant qu’insignifiant, aussi stupide que riche, à qui nos propos n’ont pas plu. Propos que nous avons recueillis auprès d’un élu honnête (si, si, ça existe) et scandalisé par l’enfer que vivent quotidiennement les habitants du Séquestre. Je ne sais pas si nos mots sont diffamatoires, mais je sais qu’ils sont vrais.

L’audience du 2 avril, remise au 21 mai, serait finalement remise en septembre, on ne sait de quelle année. En attendant, le prochain numéro se profile, des gilets jaunes pourrissent en prison ou à l’hôpital, nous avons, comme on dit, du pain sur la planche.

Jean-Pierre Cuq

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