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Le combat continue

Le 21 août 1944, dans Paris à peine libéré, un éditorial barre la une de Combat : « Il a fallu cinq années de lutte obstinée et silencieuse pour qu’un journal né de l’esprit de résistance, publié sans interruption à travers tous les dangers de la clandestinité, puisse paraître enfin au grand jour dans un Paris libéré de sa honte Nous avons gagné notre libération, il nous reste maintenant à conquérir nos libertés. » Il est signé Albert Camus, que notre président aime tant citer. Camus et ses compagnons rêvent alors d’une « presse claire et virile, au langage respectable, indépendante vis-à-vis du capital. Deux ans plus tard, Combat est racheté à 50 % par un homme d’affaires. Camus démissionne de son poste.

Soixante dix ans plus tard, 90 % des quotidiens, 55 % des chaines de radio et de télé, sont détenus par cinq ou six milliardaires : Xavier Niel (Le Monde, Télérama, Courrier international, La Vie, Le Monde diplomatique, Le Huffington Post, L’Obs), Bernard Arnault (Le Parisien, Les Échos, L’Opinion), Patrick Drahi (BFM, RMC, L’Express, Libération), Vincent Bolloré (Canal +, C8, CNews, Direct Matin, Direct Soir), Martin Bouygues (TF1-LCI), Arnaud Lagardère (Europe 1, Paris Match, Le Journal du dimanche). Seuls quelques journaux, comme L’Humanité, Le Canard enchainé ou Politis, restent indépendants, au prix, souvent, d’énormes difficultés financières. Accablant constat.

La presse régionale n’est pas mieux lotie. Si elle est délaissée par nos grands capitaines d’industrie et appartient en majorité à des groupes de presse spécialisés, elle exerce elle aussi une influence discrète mais importante dans les différentes régions. Pour ce qui nous concerne, La Dépêche du Midi règne en maître. Jean-Michel Baylet, son propriétaire, bien connu de nos services, comme disent les forces de l’ordre, ancien ministre et pape des radicaux de gauche, s’est assuré une domination totale de la région Occitanie, en acquérant Midi Libre, L’Indépendant, Centre Presse, La Nouvelle République des Pyrénées et Le petit bleu d’Agen.

La Dépêche du Midi est liée organiquement aux différentes collectivités locales, dont elle promeut la politique en assurant la réclame pour leurs différentes activités. Activités dont elle est souvent partenaire : c’est le cas, par exemple, des féeries sino-gaillacoises ou du circuit automobile dont nous avons parlé dans nos précédents numéros, dossiers que ce quotidien, financièrement impliqué dans ces projets, ne saurait traiter de manière impartiale, sinon critique.

À côté de ces grands journaux subsiste encore, et même se développe, une presse locale libre et indépendante. Face aux journaux historiques, souvent apolitiques, sont apparus ces dernières années des titres souvent qualifiés d’alternatifs. De Fakir au nord à CQFD au sud, fleurissent La Brique, L’Empaillé, Le Postillon, etc. Saxifrage est de cette engeance.

La difficulté, pour ces journaux, outre le fait de survivre sans aide, est de traiter les dossiers de manière indépendante. Soumis à différentes pressions de la part d’employeurs, de politiques, ils doivent également composer avec une autocensure de la part d’élus ou de citoyens soucieux de leur tranquillité. Il leur faut également compter avec la pression financière que peut constituer un procès en diffamation de la part de quelque riche baron local ou d’un élu légèrement susceptible. C’est ce qui arrive actuellement à Saxifrage. Pour finir, et toute proportion gardée, reprenons le titre de l’éditorial d’Albert Camus : le combat continue.

Jean-Pierre Cuq

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