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Pour une autogestion sanitaire

Boris Vézinet

Photo de Jikabo
Photo de Jikabo

Le SARS-Cov-2 a engendré une avalanche de chiffres, de statistiques, de déclarations contradictoires, du monde scientifique aux représentants politiques. Nous nous sommes tous convertis en pseudo-spécialistes, épidémiologistes, en pseudo-lecteurs attentifs et avertis des publications scientifiques sur le sujet, quitte à n’y rien comprendre.

Comme il y a 60 millions de sélectionneurs prêts à en découdre pour constituer la meilleure équipe à la veille d’une coupe du monde de foot, nous voilà dorénavant en présence de 60 millions d’épidémiologistes et de virologues échafaudant maintes théories pour traquer mensonges et trahisons de nos dirigeants. Le doute s’est même évaporé devant les discours binaires. Y aura-t-il une seconde vague ? Le port du masque peut-il préserver les vulnérables ? Pour ma part, je n’en sais rien. Doit-on s’en foutre ? Je ne crois pas. Il faut à mon sens décorréler le virus en tant que tel, et l’action de l’État.

Les décisions bordéliques et incohérentes prises lors du confinement, la mise en place d’un état d’urgence infantilisant, l’accentuation du contrôle des populations dans les rues ou dans les entreprises sont insupportables. Mais l’opposition légitime à ces politiques ne doit pas porter la négation d’une problématique sanitaire, ni nous amener à refuser en bloc masques et gestes barrières, sous l’étrange prétexte qu’ils sont expressément mis en place par l’État pour délibérément détruire nos libertés. Et de refuser le syllogisme absurde et débile digne d’une réunion du Tea party : « Je n’accepte pas l’État ; l’État impose le port du masque ; donc je n’accepte pas de porter le masque. » Loin d’être un farouche défenseur du masque ni le béni-oui-oui de la politique de santé du gouvernement, la question de l’épidémie et le doute sur les dégâts humains ne peuvent pas être balayés d’un revers de main.

Car cette pensée libérale du laisser-faire est insupportable. Passer par pertes et profits les vieux au motif que le coronavirus touche ceux qui devaient de toute façon mourir est bien curieux. La vie, pas celle quantifiée à travers des statistiques, ne s’arrête que lorsqu’on passe l’arme à gauche. On ne peut pas sacrifier un groupe d’individus (vieux, pauvres, diabétiques, obèses ou trisomiques) au nom d’une sacro-sainte-liberté-égoïste-libérale. Par ailleurs, la vie ne doit pas non plus être l’argument pour la mise en place d’une politique liberticide. Le chemin à suivre n’est pas une impasse. La sortie est ailleurs.

Ce que nous n’acceptons pas, et ce n’est pas nouveau, c’est l’absence de prises de décisions collectives par rapport à une problématique donnée. Schématiquement, ce qui me dérange, ce n’est pas que je doive porter un masque mais que nous ne l’ayons pas décidé et évalué collectivement. Dire qu’un groupe humain tente de se protéger d’un virus me semble être un cadre normal de pensée, sans être taxé d’« hygiéniste » pour autant. Les zapatistes au Mexique ont par exemple décidé dès le mois de mars (bien avant que le virus ne se généralise à l’ensemble du pays) de prendre des mesures sanitaires drastiques1. Peut-on les taxer de liberticides, d’hygiénistes forcenés ? Non, ils ont évalué collectivement un problème qu’ils jugeaient grave au nom de « leur lutte pour la vie » et contre le capitalisme.

Loin des discours enfermants sur l’utilité des gestes barrières et les conséquences du port du masque, la situation actuelle questionne avant tout la solidarité, la coopération et l’altérité afin de prendre en charge une autodéfense sanitaire, sociale et collective.

Boris Vézinet

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