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Élucubrations confinocturnes

Jean-Pierre Cuq

Photo de Mathu CK
Photo de Mathu CK

Chacun se confine comme il peut. Moi, j’ai déménagé le jour où l’on m’a dit de rester chez moi. Esprit de contradiction, sans doute. Je suis retourné vivre dans ma maison de famille. Régression sans doute, mais régression rassurante. Je connais le coin. Je retrouve mes potes d’enfance, à ceci près que nous avons l’âge de nos grands-parents.

Être confiné à la campagne donne une fausse idée du confinement. Je travaille dehors toute la journée, au potager, au rangement, à la réserve de bois. Je me balade en forêt, je cherche desreponchon (dites « respountchous »), je discute avec mes voisins, je lis Saxifrage, le journal confiné. Je suis fier de mes potes. Ils écrivent toujours aussi bien, ils analysent, ils visent juste. Perso, je ne les aide pas beaucoup. Incompétent en informatique, incapable d’écrire une ligne depuis quinze jours, je me contente de lire leurs textes et de les apprécier. Pour autant, dans mes longues promenades, mon esprit vagabonde. Pour le moment, c’est décousu, incohérent. Comme tout le monde, je cherche à comprendre, je furète, je fouille, je surfe et je trouve. Des tas d’infos saugrenues, bizarres, terrifiantes. La nuit, je récapitule, je disperse, j’éparpille, façon puzzle, comme disait l’autre. Alors, en vrac, ça donne ça.

Comment croire un instant que le monde s’arrête pour une grippe ? Les Britanniques, dans un reflexe churchillien, ont d’abord décidé d’endurer le blitz, de laisser le virus vagabonder, de laisser la population s’immuniser au prix de quelques centaines de milliers de morts, avant de se raviser et de confiner leur population. Le confinement justement : discuté même par des éminences médicales, appliqué partout sauf en Corée, seul pays semblant contrôler l’épidémie. Bizarre. L’impréparation de notre pays, l’état de nos hostos, le manque de tests, de masques. Pas étonnant quand on connaît nos gouvernants.

Les possédants, quand on connaît leur âpreté au gain, jamais démentie, même pendant les guerres mondiales, arrêtent l’économie et renoncent tout à coup à leurs profits immédiats : étonnant. Ont-ils la trouille ? Et si oui, de quoi ? D’une maladie qui peut faire quelques millions de morts, sur sept milliards d’individus ? Allons soyons sérieux. La théorie du choc : ben oui, évidemment qu’ils vont tenter de profiter de la situation. C’est dans leurs gènes. Mais ça me paraît léger, comme explication. Tout ce ramdam pour quelques mesures ultralibérales ? Me revient à l’esprit l’interview d’un financier de la City, qui expliquait que, contrairement à la croyance populaire, les financiers étaient très conscients du risque climatique, de la fonte du permafrost, qui entraîne une concentration de méthane (gaz mortel pour l’homme) à moyenne altitude, et dont on ne parle jamais dans les médias mainstream, d’où leur tendance actuelle à faire construire des bunkers étanches… À la question du journaliste – que feront-ils – la réponse fut : rien, ils considèrent que c’est aux Chinois de faire le boulot, d’arrêter la machine, leur système politique leur permettant de l’imposer à leur population, contrairement aux Européens, par exemple.

J’ai entendu aussi des climatologues expliquer que le seul moyen de combattre réellement le réchauffement était de tout arrêter, voitures, avions trains, bateaux, maintenant. Bizarre, bizarre, n’est-ce pas, ce qu’il se passe ? Et comment le faire accepter aux populations, si ce n’est avec une bonne trouille, une bonne crise sanitaire ? En sommes-nous là ? En plein effondrement du système ? Les riches ont-ils choisi de tenter de survivre au prix de lourdes pertes ? Je viens de lire que l’opération Résilience se prépare. L’armée déployée dans les rues, ça ne sent pas bon. Bien sûr, pour le moment, le prétexte est sanitaire. Aide aux déplacements, protection des populations, sécurisation des endroits sensibles. Aujourd’hui, les hôpitaux. Demain, les supermarchés ? Il y a eu des pillages en Italie. En Russie, la reconnaissance faciale vient d’être activée dans les caméras déjà installées. En Chine et en Corée, c’est déjà fait depuis longtemps. Je vais relire Les Furtifs.

Contrairement aux textes que je lis par-ci par-là, aux commentaires des uns et des autres, aux théories du complot qui fleurissent sur le web, aux conseils donnés par les « connards qui nous gouvernent » comme dit Lordon, je ne suis plus sûr de rien. Il se passe un truc énorme, mais je ne sais pas quoi. Je suis de plus en plus persuadé qu’on n’en sortira pas, du confinement. Évidemment, on pourra ressortir, aller bosser, aller au bistrot ou au concert, encore que, mais quelque chose s’est cassé, le monde a basculé. Notre monde absurde a trouvé ses limites, plus tôt que prévu certes, mais l’effondrement est arrivé. Je n’ai rien pour étayer ce propos, aucune théorie sérieuse, mais un profond ressenti. À la sortie, ou nous paierons (l’argent magique, c’est le nôtre) et en chierons à en crever ; ou nous dirons stop. Stop au capitalisme, stop à la finance folle, stop à la mondialisation, stop à l’agriculture industrielle, stop à ce système mortifère. Nous n’avons pas le choix.

Le coq chante, je me réveille. Putain, quelle nuit !

Jean-Pierre Cuq

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