Une apparition

On m’avait laissé pour quelque temps une maison à Copponex, pas loin de l’incroyable troquet du père Paget qui l’hiver suivant me prêta la caravane dans sa cour, à côté du tas de fumier, caravane où je trouvais le matin le reste de café gelé dans la cruche et où la poupée gonflable du vieux Paget, que j’avais dû rouler comme un matelas de camping, dormait dans un placard.
Derrière la maison, une longue ligne droite traversait la forêt, en légère pente. Un matin que je m’étais levé tôt, je fumais ma clope sur la terrasse quand j’ai vu passer un jeune gars à vélo. Debout sur la selle. Il a descendu comme ça toute la ligne droite. Je n’avais jamais vu un truc pareil, ne l’ai jamais revu depuis. C’était chouette.

Gianluigi Wrzyszcz