Un grand prix d’amis

Instruits par les riverains et le maire du Séquestre sur les nuisances que provoque ce circuit en ville, nous avons rencontré le 11 octobre dernier Pascal Pragnère, conseiller municipal d’opposition (Europe Écologie-Les Verts) à la mairie d’Albi, pour en savoir plus sur les relations entre la ville d’Albi et DS Events.

Qui est Didier Sirgue ?

C’est le directeur de SN Diffusion et le gérant de plusieurs sociétés (voir encadré). C’est surtout la deuxième fortune du Tarn (derrière Pierre Fabre, décédé). Il finance les deux tiers ou les trois quarts des associations et institutions albigeoises. Le rugby (il est dirigeant du SCA), le foot, le hand, la Scène nationale, le musée Toulouse-Lautrec, l’office du tourisme, tous les évènements sportifs (comme l’Ékiden, sorte de semi-marathon) sur lesquels la Mairie fait beaucoup de com. On peut dire qu’il s’est rendu indispensable. Y a-t-il une contrepartie ? Nul ne le sait. Peut être le droit de faire joujou sur le circuit.

La municipalité finance-t-elle le circuit ?

En tant que propriétaire, la Mairie a fait une DSP. C’est la société de Sirgue et son associé, DS Events, créée pour l’occasion, qui a remporté l’appel d’offres pour l’euro symbolique. Mais le problème le plus important, ce sont les subventions. Il y a plusieurs types de subventions. Le Conseil départemental et la Région subventionnent l’ASA (association sportive automobile d’Albi). La Mairie subventionne le moto club. En 2016 et 2017, 5 000 € ont été votés au budget, mais dans le compte administratif (récapitulatif de ce qui a été effectivement payé), c’était 15 000 € : c’est passé de 5 000 à 15 000 € sans délibération, ce qui est illégal. De plus, ces sommes sont versées à des associations qui les reversent à la société DS Events, gestionnaire du circuit (c’est dans la DSP). C’est donc de l’argent public qui finit dans les poches d’une société privée. On peut noter aussi que le président de l’association automobile (ASA) n’est autre que… Didier Sirgue.

Dans ses comptes provisionnels 2017, le circuit a inclus ce qu’il appelle des « journées mairie ». Il y en a huit. En fait, dans le bilan 2017, il apparaît qu’il y en a eu neuf, et chacune est facturée 2 400 €. Ces journées correspondent à des évènements organisés avec la Mairie, comme par exemple la compétition cyclotouriste, le Grand Fondo (championnat du monde amateur en vélo), ou l’Albi trottinette tour. Ils ont donc loué le circuit à la mairie pour ces journées, alors que dans l’article 1.4 de la DSP, il est dit que le gestionnaire doit mettre les infrastructures du circuit à la disposition de la Mairie, à titre gratuit, lorsque celle-ci organise un événement. Pour moi, c’était le cas de ces journées. En tout, la Mairie a donc déboursé 36 000 € : 15 000 + (9 x 2400).

La Région a de plus subventionné les compétitions, en 2016 et 2017, Grand Prix, Super bike, Grand Prix camions, 12 000 € à chaque fois. Le Conseil départemental a versé 10 000 € pour les évènements, puis 7 000 € pour la com et 7 000 € pour la signalétique. De plus, ils achètent des places qu’ils donnent ensuite. Sur l’exercice 2017, le circuit a fait un bénéfice de 80 000 €, ce qui correspond grosso modo aux subventions reçues. Les activités s’autofinancent et les subventions vont dans la poche de DS Events, société privée.

Que faites-vous face à cela ?

Je les ai interpellés depuis 2016 sur ce problème, mais ils continuent comme si de rien n’était. J’ai donc saisi le procureur et le parquet national financier, au cas où le procureur d’Albi, aux ordres du préfet, classerait sans suite. J’ai, de plus, communiqué ce dossier à Anticor, l’organisation anti-corruption. Je pense que les choses bougent. La Mairie communique actuellement sur la voiture électrique. Ils ont voté une délibération de manière précipitée, où la Mairie s’engage à soutenir l’électrique et les activités du circuit allant dans ce sens. Didier Sirgue a annoncé en conférence de presse qu’il allait demander un million d’euros, et je pense que la Mairie s’apprête à modifier la DSP pour lui donner plus d’argent et supprimer dans la DSP tout ce que je dénonce.

La gestion du circuit pose-t-elle d’autres problèmes ?

Oui, le travail dissimulé. Il y a une association de bénévoles du circuit. 200 bénévoles travaillent lors de toutes les manifestations. Bien sûr, ce sont des passionnés qui aiment ça et qui le font volontairement. Il n’en reste pas moins que ce sont des bénévoles qui fournissent un travail pour une société privée. Il doit donc y avoir un contrat de travail. J’ai saisi l’inspection du travail qui doit vérifier, mais les inspecteurs que j’ai vus craignent eux aussi que le procureur classe sans suite.

Pour moi, le bénévolat pour une boîte privée, c’est du détournement d’argent, et de l’abus de confiance.

Quel est le climat autour de ce problème ?

La tension monte. Il y a eu des manifestations de riverains, sans parler des actions en justice. Le conseil municipal d’avril a été perturbé par les riverains du circuit (mais aussi par les parents d’élèves de Camille Claudel et les opposants de la Renaudié). Au conseil suivant, la salle était bourrée de proches de la maire et de défenseurs du circuit. Avant le dernier conseil, il y a eu une manifestation des riverains, et une contre-manifestation des partisans du circuit qui ont ensuite rempli la salle du conseil. Didier Sirgue a dénoncé auprès du Conseil de l’ordre les médecins du Séquestre, qui faisaient des certificats constatant les troubles causés par le bruit chez leurs patients. Il ne s’est même pas rendu à l’audience. Les médecins ont eu un rappel à l’ordre concernant la rédaction de leurs certificats, mais évidemment, rien sur le fond.

Y a-t-il de réelles retombées économiques pour Albi ?

Hôtellerie et restauration… mais j’ai des doutes. Il y a quelques retombées dans ces domaines lors des compétitions, mais lors du Grand Prix camions, il y avait des places libres dans tous les hôtels. Les amateurs qui viennent tourner régulièrement se déplacent en camping-car et logent donc dedans. De plus, le circuit, c’est soixante hectares et neuf emplois permanents, ce qui est dérisoire, comparé à n’importe quelle zone artisanale ou industrielle.

Et la pollution ?

C’est un aspect peu mis en avant, mais il est évident que le circuit engendre des dégâts environnementaux. Cet été, les voitures tournaient pendant les pics de chaleur. Dans la cuvette albigeoise, ce n’est pas neutre.

Quel avenir pour le circuit ?

Difficile à dire, mais ça ne peut pas continuer ainsi éternellement. Quelques personnes ne peuvent mettre en danger la santé d’une population pour une activité sportive qui apparaît tout de même choquante en ces temps de réchauffement climatique et de « transition énergétique ».

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2 Comments

  • Ils en ont de la chance les Tarnais d’avoir un journal, un vrai, et excellent à ce qu’il paraît (j’atterris ici grâce à Acrimed) le lisant pour la 1ère fois. Par ici on n’a rien (même si ce rien a des titres : Le Dauphiné, Le Progrès).
    Par contre faut pas y habiter, dans ce Tarn, vroum vroum imbécile oblige. J’en prends bonne note, et souhaite bon courage aux malheureuses victimes de cette andouillerie, comme on dit chez moi.
    La palme du courage au proc au préfet et à l’édile albigeoise.
    Braveau à eux.
    Proc = gouvernement, non ? Et préfet pareil ? Et même combat pour la mairesse, je suppute ? Ben dites-moi vous avez les cuisses propres…

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