Saxifrage #3

saxifrage journal indépendant tarn 81
Dessin : TGB - Y a quelqu'un ? (détail)
État d’urgence • Grozny-sur-Tarn • Albi vidéo-prothèse • Comme un migrant sans aile • In memoriam

 

Édito

L’édito  du  premier  numéro  de Saxifrage  proposait,  entre  autres,  de  comprendre  et  relater  les initiatives et les luttes du territoire où nous vivons. Des multiples et riches dialogues que nous avons pu  avoir  avec  des  lectrices  et  lecteurs,  a  pu  parfois  ressortir  une  incompréhension,  voire  une  déception, quant à certains de nos choix éditoriaux, considérés selon le prisme militant. D’aucuns ont ainsi pu déplorer qu’on accorde une page d’interview au point de vue d’un agriculteur engagé pour le  barrage  de  Sivens,  sans  mettre  en  face,  voire  à  la place,  celui  d’un  zadiste; ou  que,  dans  notre dossier sur le contrôle, on fasse parler une éleveuse qui s’était résignée au puçage, et non pas ceux qui y résistent, tel le collectif Faut pas pucer, auquel nous avions simplement fait référence. De quoi décevoir visiblement, de la part d’un canard dont le même édito promettait de la « critique sociale ». En tout cas, cette interpellation pose des questions suffisamment pertinentes et profondes pour que la rédaction tente d’y répondre.

Tout d’abord, la ligne éditoriale de Saxifrage ne consiste pas à ouvrir nos colonnes à ceux qui, par la résignation ou l’affrontement, saperaient les luttes dont nous pouvons être sympathisants; quand nous le faisons, c’est parce que nous essayons de ne pas être des donneurs de leçons, sérieux, auto-centrés, incapables d’humour ou de distance, et que notre feuille de chou ne se veut pas la courroie de  transmission  des  luttes,  compilant  agenda  militant  et  comptes  rendus  de  procès.  La  critique sociale à laquelle nous ambitionnons modestement de contribuer ne se satisfait pas du prêchi-prêcha ni du slogan, mais essaie d’articuler les savoirs froids, tirés par exemple de la presse ou des sciences humaines, et les savoirs chauds de l’expérience vécue, notamment sociale et politique, qui est celle de  la  rédaction,  mais  aussi  celle  des  personnes  dont  nous  rapportons  la  parole. L’interview  de  l’éleveuse, tout comme « L’habitus du déplacé » ou « Famille décomposée », vise à montrer quel peut être notre vécu sous contrôle, plutôt qu’à informer sur les résistances à ce même contrôle. Celle de Damien, pro-barrage, gagne du relief à être mise en perspective avec les discours de La Dépêche du Midi, de feu le Conseil général, et d’un quidam. De surcroît, la connaissance du point de vue de l’autre, y compris celui qui pense différemment, ou qui, tout en pensant pareil, agit différemment, est, face à la complexité du monde social, une nécessité éthique de l’action politique, qui ne doit pas dénier  le  conflit,  mais  juste  l’informer,  le verbaliser,  l’admettre.  Il  ne  s’agit  pas  d’offrir  un  mégaphone, mais de donner la parole. Il y a en outre un indéniable gain pragmatique à connaître celui auquel  on  peut  s’opposer,  à  être capable  de  décentrement,  de  mobilité  mentale,  de  conscience  du relativisme  idéologique –  ce  qui  ne signifie  pas  renoncer  aux  valeurs  et  convictions  qui  fondent  l’engagement politique de nos lecteurs, quel qu’il soit, ainsi que notre démarche éditoriale.

L’édito du n° 1 disait aussi : « On n’est pas sectaires, nous voulons que ce journal soit une tribune pour  les  talents  qui s’ignorent,  les  spécialistes  de  tous  poils  et  les  voix  de traverse. »  Si  le fait  d’accorder de la place à des voix qui ne sont pas nécessairement la nôtre, ou la vôtre, chers lecteurs, à des  voix  qui auraient  rarement  cherché  à  se  faire  entendre  dans  les  colonnes  d’un journal  tel  que Saxifrage – si cela amène des discours critiques (plus  élaborés, plus conscients d’eux-mêmes, plus ancrés dans une action de résistance ou de contestation, plus susceptibles d’entendre et d’alimenter Saxifrage) à contribuer  à  son  contenu  éditorial  en  envoyant  textes  ou  images  à  la rédaction,  la boucle  aura  été  bouclée  et  l’objectif  atteint.  On  tendra  un  peu plus  vers  l’utopie  d’un  journal  à  la fois nourri par les pensées et les expériences critiques, et ouvert à la complexité du monde.

Saxifrage #3 – hiver 2016
Le comité de rédaction est composé de : Aurore Lerat, Boris Vézinet, Charlotte Lambert, Jean-Philippe Cambie, Jean-Pierre Cuq, Jikabo, Stromboli, Vincent Laborde.
Ont également participé à ce numéro 3 : Ariane Rubrecht, Christophe Sénégas, Claude Mamier, Cristo, Elsa, Éric Habourdin, Gianluigi Wrzyszcz, Guip, Jean-Côme Charpentier, Jean-Léon Pallandre, Julien Vittecoq, KP, Léo, Ljukas Zokni, Michel Caïetti, Milena, Pablo, Pierre Druilhe, Sébastien Mengin, TGB, Vladimir Yapadchev, Wil.

Directrice de la publication : Charlotte Lambert
Tiré à 1 100 exemplaires sur les presses de l’imprimerie Portier, à Albi.

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