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Saxifrage dans la cour des grands

Dessin de Druilhe
Dessin de Druilhe

Loin des représailles mesquines et les punitions discrètes que nous ont naguère valu certains articles, le procès en diffamation intenté par Didier Sirgue fait entrer Saxifrage dans une nouvelle ère. Tout d’abord, par l’espèce de respectabilité inattendue que représente aux yeux de notre lectorat, quand on se veut un média indépendant, intransigeant et critique (quitte à en être désobligeant), le fait d’être traîné en justice par un notable influent. En témoignent les nombreux messages de soutien reçus par mail ou de vive voix, l’activisme constaté sur des comptes Facebook ou Twitter, des blogs ou des sites spécialisés bien au-delà de notre zone géographique de diffusion papier, ou encore la présence nombreuse de lecteurs et lectrices, lors de l’audience expéditive du 2 avril, pourtant limitée au dépôt de consignation et à l’annonce de la date de l’audience ultérieure. Dans ces circonstances, on touche du doigt la fonction qui est la nôtre localement, et la considération – même confidentielle – que cela nous vaut, la seule qui compte vraiment : celle des personnes qui nous lisent. Pour tout cela, merci !

On change d’échelle, en outre, en tentant de mobiliser la presse locale – pour laquelle nous ne nous montrons pas souvent très tendres – et même nationale, en faisant le pari que, dans un contexte social et législatif très hostile au journalisme d’investigation ou d’opinion, menacé au nom de la protection des intérêts économiques ou de la lutte contre les infox, nos confrères-et-sœurs professionnels se sentiraient interpellés, voire mobilisés par une sorte de confraternité journalistique.

Force est de constater que, sur le plan local, le bilan est en demi-teinte. La Dépêche du Midi nous a fait l’honneur, le 29 mars, d’un article très factuel – mais reconnaissons que ce dut être une situation cornélienne pour le « journal de la démocratie », dûment représenté dans la brochette de sponsors sur le site internet du circuit, entre Leclerc, MacDo et… SN Diffusion, la boîte de Sirgue, évidemment. Le Tarn libre, qu’on avait connu plus incisif au moment de Sivens, a tout de même eu le bon goût de publier notre communiqué in extenso. Cette couverture par les deux principaux titres locaux nous a d’ailleurs valu un accueil inédit dans les maisons de la presse albigeoises, qui nous ignoraient jusque-là : démarchées pour mettre notre irrégulomadaire dans leurs rayons, elles répondent désormais par « Ah, c’est donc vous, Saxifrage ! », et acceptent aussitôt. Merci Didier !

Sur la bande FM, si Radio Albigès a fort bien traité le sujet dans plusieurs émissions distinctes, du côté d’R d’Autan… silence radio, c’est le cas de le dire, tout comme sur les ondes commerciales, ou dans les colonnes du Journal d’ici et consorts. Côté presse nationale, on a eu beau envoyer des messages personnels à des journalistes de Libération (celle qui avait écrit l’article sur le circuit en 2018), du Monde, du Canard enchaîné, de France 3, etc., à ce jour et pour autant qu’on le sache (car on ne lit pas tout), les déboires de Saxifrage n’ont pas eu la chance de les passionner – hormis nos camarades de CQFD, « la famille » pour ainsi dire, comme ils l’écrivent. D’ailleurs, si d’aventure vous aviez connaissance de quelque article relatif à notre situation, toute contribution à notre revue de presse – devons-nous dire à notre press-book ? – sera la bienvenue.

Ce mutisme des grands médias au sujet des misères faites à leur obscur petit cousin de province, qui a le double handicap de n’être ni professionnel ni parisien, soulève la question du statut qui est celui de Saxifrage (et tant d’autres) dans le vaste et chatoyant paysage de la presse. L’estime que nous octroient les potentats et les institutions du Tarn en est emblématique : quand on les sollicite sur un sujet embarrassant, le circuit d’Albi ou la mairie d’Albi (par exemple) nous évincent ou ne daignent pas même nous répondre, au prétexte que Saxifrage n’est pas un vrai média, et que ses rédacteurs n‘ont pas de carte de presse. C’est bien connu, un vrai média paie ses contributeurs pour remplir complaisamment les interstices laissés entre deux encarts publicitaires, et cela leur vaut une carte professionnelle.

Mais ces mêmes gens peuvent se réveiller, ouvrir les yeux, et soudainement nous accorder bien plus de considération, jusqu’à nous tenir pour un vrai média, quand vient le moment de nous traîner en justice pour diffamation. Alors, par la grâce de l’offense qui est faite à leur honorabilité, Saxifrage devient à leurs yeux un véritable journal, digne d’être lu, décortiqué, poursuivi et financièrement essoré, par la requête (à la louche et en incluant les frais d’avocat) de trente fois la somme que l’association éditrice possède en trésorerie. Et là, ça y est, Saxifrage pénètre dans la cour des grands. Le prix d’entrée en est certes élevé, mais notre combativité lui est proportionnelle. On le proclame en une depuis le premier numéro : la saxifrage est opiniâtre et résiste aux vents mauvais.

Jikabo

La rédaction de Saxifrage sera heureuse de recevoir vos propositions de textes, de photos, de dessins et de sons.

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