Les jolies colonies de vacances

saxifrage journal indépendant tarn 81

« Merci maman, merci papa / Tous les ans, je voudrais que ça r’commence / You kaïdi aïdi aïda / J’vous écris une petite bafouille / Pour pas qu’vous vous fassiez d’mouron / Ici on est aux p’tits 
oignons »

J’ai plus huit ans, non, j’en ai trente et j’avais bien envie de reprendre l’animation, cet été. Bien envie… disons que mon porte-monnaie en avait besoin aussi et qu’au lieu d’aligner des biscuits dans des boîtes, debout 10 heures durant, je me disais que passer du temps avec des mômes à jouer, leur apprendre deux-trois trucs, aller visiter un château ou deux et puis se faire quelques sorties piscine ou accrobranche ce serait plus enrichissant tout de même. Mais j’avais oublié (ou espérais qu’il ne sévisse pas dans toutes les structures) le CEE : le contrat d’engagement éducatif  ! Une belle invention ! Un contrat de travail « spécifique », c’est-à-dire qui permet de faire travailler des animateurs un max de temps à des tarifs défiant toute non-concurrence ! Qu’est-ce que c’est drôle d’aller jeter un œil sur ce texte de loi ! Au paragraphe sur le temps de travail on peut lire : « Les dispositions relatives à la durée légale du travail ne s’appliquent pas au titulaire d’un CEE. » Bon bah voilà, comme ça c’est dit ! Alors, par exemple, au centre de loisirs de Graulhet où ma candidature avait été retenue, on me proposait de travailler de 7 h 45 à 18 h 15 du lundi au vendredi, et le lundi jusqu’à 20 h pour une réunion d’équipe, ajouté à cela qu’il fallait passer une nuit ou deux par semaine sous tente avec les ados. Sans oublier les inévitables journées de préparation et un stage obligatoire de trois jours. Jusque-là, pas de quoi crier au loup me direz-vous ! Mais là où ça devient cocasse, vous vous en doutez bien, c’est quand on découvre la tronche de la rémunération ! 43,07 euros net par jour, oui madame ! Et le stage obligatoire de trois jours (8 h 30-18 h quand même), pas payé bien sûr, faudrait pas exagérer non plus ! C’est ça qui est extraordinaire avec ce CEE (tiens ! j’ai envie de le rebaptiser « contrat d’escroquerie étatique » tout à coup…) c’est que la « rémunération par jour ne peut être inférieure à 2,20 fois le montant du SMIC horaire ». C’est trop sympa, ça veut dire qu’on est quand même assurés, nous les animateurs, de ne pas être payés moins de 21,142 euros par jour… Ouf ! me voilà rassurée. En plus, faut pas exagérer, « le salarié peut bénéficier d’indemnités et d’avantages en nature ». À Graulhet, eh bien on nous offre deux chèques déjeuner par semaine et un en rab’ si on fait la nuitée. Tout ceci mis bout à bout, ça fait quand même un mois de travail à 1092,61 euros net, ce qui ne paraît pas si mal. Bon, c’est sûr que, remis au tarif horaire, ça fait un peu mal au… porte-monnaie, bien sûr, et à l’estime de soi, aussi. Parce qu’à trente ans – comme à 18 d’ailleurs –, être payée grosso merdo 4 euros de l’heure, j’ai comme l’impression qu’on se fout un peu de ma tronche et de celle des enfants et de celle des parents aussi !

Aurore Lerat

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