Le burkini vs la raie publique

Dessin : R.A.F.

Cet été, je suis allé à l’Océan. Dans les Landes. À Mimizan-plage. Je suis allé à la plage. Et sur la plage, j’ai vu des créatures en burkini. Plein de burkinis. Et personne ne bronchait. Ça avait l’air normal pour tout le monde. Peut-être parce que ces individus louches portaient des planches de résine oblongues dotées d’un aileron. Une sorte d’alibi. Pourtant signe ostentatoire de la religion de la vague. Du culte du rouleau. Je vous jure, personne ne leur disait rien, comme si la laïcité était un vain mot. Comme si on vivait déjà sous la botte de la secte du surf qui piétine les fondements de la République comme un vulgaire pâté de sable, et en ramène plein (du sable, pas du pâté) dans le vivre-ensemble, quand ses fanatiques reviennent de la plage.

Une si coupable tolérance fait figure d’exception : le burkini aura été, cet été, le fourre-tout de tout un tas de présupposés haineux, tous en vrac comme dans un sac de plage, dans lequel on a fourré la moindre rixe stupide, la moindre altercation, la moindre rivalité de château de sable, la moindre querelle de serviette de plage. De Sisco en Corse, jusqu’à Toulon, où les médias ont voulu voir le lynchage de femmes en shorts trop courts là où il n’y avait que bêtise ordinaire, sexisme banal et ennui estival d’une jeunesse décérébrée. Les mêmes réacs qui se dressaient contre le bikini il n’y a pas si longtemps, se sont saisis du burkini comme d’un étendard démagogique, apportant de l’eau salée au moulin à prières des grenouilles de bénitier, des batraciens de mosquée, et consorts, toutes obédiences confondues.

Une telle bêtise ferait presque passer l’inepte querelle du foulard, il y a dix ans, pour un débat mesuré et rationnel. On progresse à grandes enjambées, quoique en tongs, vers le Moyen-Âge, toujours ce foutu Moyen-Âge. Mais un Moyen-Âge en slip de bain : ça rend l’inquisition davantage sexy. Les bonnes mœurs sont désormais invoquées pour exiger l’étalage de chairs plus ou moins molles, de corps plus ou moins laids, de tatouages plus ou moins réussis. L’obscénité plagiste résiderait dorénavant dans la dissimulation, la pudeur, le dégoût pour les regards lubriques ou la peur du coup de soleil. Au nom de la morale publique, on pousse une femme à se dénuder entre quatre flics, sous des centaines de paires d’yeux et de smartphones borgnes, ce qui, en d’autres temps, ou en d’autres lieux, s’apparenterait à une forme de viol. On peut assurément, à bon droit, estimer qu’une tenue légère est plus appropriée aux plaisirs du bord de mer : ce n’est pas l’enjeu du débat – d’ailleurs, si l’on va par là, du point de vue de la commodité et de la libération saisonnière du corps, le nudisme devrait être plus largement pratiqué.

Chiche ! Tous à poil, et qu’on n’en parle plus.

Jikabo

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