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Faire-part de divorce

Une nouvelle fois, Saxifrage a connu les douleurs de la rupture : celles qu’occasionne son retrait d’un point de vente. En 2015, c’était l’association Familles rurales qui avait banni de sa friperie de Vaour le journal casse-pierres du coin, coupable dans son numéro un d’un article désobligeant sur l’aménagement du village de Penne. Aujourd’hui, Saxifrage pâtit du rachat de la librairie Guillot, à Albi, par le groupe @ttitude, déjà propriétaire des librairies de Gaillac, Lavaur et Graulhet, et d’un site de vente en ligne.

Guillot remplissait les fonctions sociales d’une librairie généraliste indépendante dans une ville moyenne. Notamment, accueillir et diffuser bénévolement la production littéraire et intellectuelle locale ; par exemple, mettre en vente, et même parfois en vitrine, les ouvrages du collectif poétique étudiant Jeff Champo ; ou disposer Saxifrage en évidence. Et ce, sans prendre de commission.

Avec @ttitude, qu’on se le dise, les temps changent, comme l’atteste la vulgarité putassière de son appellation modernisante, et comme le proclame Yves Lagier, son patron. On a pu l’entendre déplorer cette pratique archaïque consistant à diffuser l’édition locale sans prélever de marge, ce qui, assure-t-il, tuera le métier. Subséquemment, la librairie @ttitude veut bien diffuser les ouvrages de Jeff Champo en ponctionnant une marge de 35 % ; quant à Saxifrage, elle ne le diffusera plus. Peut-être en a-t-elle été dissuadée par le ridicule d’une telle marge appliquée à un journal à deux euros – soit soixante-dix centimes. Vu comme ça, ça fait pas cher l’encombrement par notre format XXL.

La « petite librairie » d’Yves Lagier revendique, à juste titre, d’avoir « tout d’une grande ». Pas que ses marges. Il faut voir comment elle racole le chaland, proclamant en vitrine être moins chère qu’Amazon ; d’ailleurs, les clients, fussent-ils des habitués, doivent désormais prépayer en ligne les ouvrages qu’ils commandent. Les divers programmes culturels, qu’on peut légitimement s’attendre à récolter dans une librairie, y sont dorénavant indésirables, sans doute pas très lucratifs.

Heureusement, Saxifrage a encore ses racines dans de vraies librairies, remplissant une fonction sociale, politique et culturelle dans leur territoire, comme celle du café Plùm à Lautrec, Clair Obscur à Albi, Terranova à Toulouse, et quelques autres. Mais Yves Lagier est un épicier du papier qui n’a rien compris à son métier. Dans son épicerie, même le management, la gestion de l’équipe des quatre librairies, les relations humaines, le sens donné au travail, semblent singer le modèle entrepreneurial le plus brutal et nauséabond. Bref, @ttitude est au mastodonte de la vente en ligne ce que le Tarn est à l’Amazone : peu de choses, en somme. Pas assez pour rivaliser sur son terrain avec la grande distribution de l’industrie culturelle. Au final, juste un pas-de-porte voué à être tôt ou tard remplacé par quelque agence immobilière.

Jikabo

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