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Définitivement diffamateurs

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Photo de Pédro
Photo de Pédro

Dans cet article, tout sera fait pour respecter l’honneur et les affaires de Didier Sirgue. En effet, la Justice, après que ce brave homme a fort légitimement considéré comme une atteinte à « son honneur » les points de vue exprimés en décembre 2018 dans les colonnes de notre numéro 13 sur sa gérance du circuit automobile d’Albi... la Justice, aveugle et (espérons-le pour elle) sourde, nous a condamnés en appel, Saxifrage ainsi que Pascal Pragnère, l’élu qui nous accorda ses fatales déclarations – et avec, sans le savoir, deux ans de précarisation financière. Manifestement, cet opposant inconséquent ne mesurait pas alors la gravité de ses paroles, qu’il faut bien faire relire, pour que chacun sache dorénavant la limite à ne plus franchir !

À la question « La gestion du circuit pose-t-elle d’autres problèmes ? », M. Pragnère avait en effet déclaré (page 7) :

« Oui, le travail dissimulé. Il y a une association de bénévoles du circuit. 200 bénévoles travaillent lors de toutes les manifestations. Bien sûr, ce sont des passionnés qui aiment ça et qui le font volontairement. Il n’en reste pas moins que ce sont des bénévoles qui fournissent un travail pour une société privée. Il doit donc y avoir un contrat de travail. J’ai saisi l’inspection du travail qui doit vérifier, mais les inspecteurs que j’ai vus craignent eux aussi que le procureur classe sans suite.

Pour moi, le bénévolat pour une boîte privée, c’est du détournement d’argent, et de l’abus de confiance. »

Cette déclaration, la Justice vient (pour la seconde fois) de la qualifier de délictueuse. Et c’est, désormais, sans appel. Aussi, il est maintenant clair que, si quiconque souhaite exprimer que, à son opinion, le travail bénévole pour le compte d’un acteur privé est une forme de « travail dissimulé », il va avoir un sérieux problème pour le formuler. Et c’est tant mieux ! car cela pourrait nuire à un entrepreneur. Comme l’énonce le jugement : « [C]es propos traitent de la gestion financière interne d’une société gérée par Didier Sirgue, et n’ont donc plus de lien direct avec le souci de la bonne gestion des fonds publics. » En d’autres termes, le circuit a beau appartenir à la collectivité, nulle critique sur sa gestion ne peut être émise, puisque elle est déléguée à un acteur privé. C’est plein de bon sens, et notre faute nous pèse sur la conscience, la nuit.

Les coquins que nous sommes avions bien songé à conserver la formule « pour moi », censée marquer, dans une langue visiblement devenue désuète, l’interprétation, la prise de position, l’hypothèse, et de façon générale, l’opinion. Et puis, pour permettre à nos lecteurs de ne pas trop adhérer aux thèses sulfureuses développées par M. Pragnère, nous avions conservé la forme de l’entretien : de la neutralité dans la façon de présenter ses idées. La forme choisie (l’interview) permettait, plus qu’absolument toute autre, une distance avec l’interlocuteur – distance visible pour le lecteur. Mais pas pour la Justice qui, heureusement, est aveugle.

Aveugle, et équilibrée, puisque, pour sanctionner le fait d’avoir contesté sa décision, d’être « partis en appel », la Justice a fort opportunément alourdi notre tribut de 500 euros. En tout, nous aurons donc dû débourser pas moins de 8 100 euros : 6 000 euros en frais d’avocat (!), 500 euros d’amende (frais de dossier inclus), ainsi que 1 600 euros de dommages et intérêts pour ledit Sirgue. Ironie de l’histoire : d’un point de vue pécuniaire, c’est bien notre avocat, qui, en nous défendant, nous a fait le plus mal. 8 100 euros, c’est, pour rapporter ça à notre échelle, la somme dont nous avons généralement besoin pour fabriquer une dizaine de numéros, soit deux ans et demi de parution, environ.

C’est rude, il faut le dire. Nous n’avons théoriquement pas la possibilité de tout payer, malgré les preuves déjà faites – amis lecteurs – de votre solidarité. Nous sommes calmes… mais techniquement en banqueroute. Et, sans mauvais jeu de mots, nous allons devoir faire appel, une fois de plus, à vos dons. C’est sans gaîté aucune. La Justice est aveugle : elle n’a pas vu que le fait même de se retrouver sur ses bancs menaçait techniquement la survie du journal.

Ainsi, les choses sont claires. Nous avons définitivement perdu ce procès. Nous n’irons pas plus loin. Mais, disons-le une bonne fois, cette décision nous scandalise profondément, nous qui, pourtant, sommes déjà pétris de bien maigres espoirs. N’en déplaise à la Justice, nous ne la comprenons pas. Nous, qui vivons dans un monde où les mots peuvent et devraient nuire. Nous, qui tenons la parole pour une arme blanche inaliénable. Quand nous donnons des opinions, les nôtres, et celles des autres, nous les adressons à des lecteurs adultes. Et c’est sûrement pour cela que la Justice n’a pas autorisé M. Sirgue à énoncer lui-même sa vérité dans nos colonnes, ce qui, pourtant, aurait été largement suffisant, et nous aurait évité une précarisation financière qui menace aujourd’hui totalement notre activité. Mais rien de tout cela n’a véritablement été soulevé pendant ce procès.

Et ce, pendant que les médias dominants et la com’ gouvernementale chantent sur tous les tons l’hymne à la « liberté d’expression ».

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